A partir du dossier du consolament clandestin (1269) de Padiers, chevalier de Puylaurens et seigneur de Lempaut (Tarn), Anne Brenon développe une « enquête dans les enquêtes » des inquisiteurs du XIIIe siècle. Cette étude se veut représentative du potentiel d’utilisation que recèlent les sources inquisitoriales, pour une mise en lumière des aspects sociaux et religieux de l’implantation des Bons Chrétiens en pays d’oc.Cette contribution se développe comme une enquête au sein des enquêtes de l’Inquisition du XIIIe siècle touchant, sur deux ou trois générations (en gros, des années 1220 aux années 1270), la large mouvance de la seigneurie de Puylaurens (Tarn) et de ses voisines du nord de la Montagne Noire.

 

 

Introduction:

Tout commence avec « l’affaire Padiers » et le dossier d’instruction du procès posthume, pour consolament clandestin, réuni en 1274 par l’Inquisition toulousaine à l’encontre d’un vieil hobereau, le chevalier Padiers, mort à Lempaut en 1269 et de prime abord mal identifié. Son identité, son appartenance lignagère et la trame de son destin, individuel et familial, peu à peu émergeront à l’analyse des dépositions, doublées pour l’occasion d’autres enquêtes, antérieures et postérieures. S’y révélera aussi, de manière très éclairante, le contexte d’une société aristocratique particulièrement ouverte à la dissidence dite cathare, de part et d’autre de l’installation en Languedoc « des clercs et des Français ». On remarquera que le chevalier Padiers meurt, consolé, à la veille même du rattachement du comté de Toulouse au domaine royal français (1271).

Cette société apparaît dans toute sa diversité, avec ses leaders, comme un Sicard de Puylaurens, un Jordan de Saissac ou les frères Guilhem Matfre, dit Bartas, et Rainart de Palajac ; sa classe aristocratique multiple, où les Padiers de Lempaut tiennent leur rang ; ses dames, chevaliers, écuyers et damoiseaux longtemps empressés autour des religieux dissidents, comme le diacre de Puylaurens, Raimond de Carlipa, celui de Lantarès, Bernat Engilbert, ou encore le Bon Homme médecin Guilhem Bernat d’Airoux ; mais aussi le peuple des artisans et tenanciers, comme le meunier Bernat Molinier ou l’éleveur Joan d’en Huc . Le rôle de confiance tenu par le bayle villageois de Lempaut, Raimond Jaurès – un plausible ancêtre de Jean Jaurès -, auprès de son seigneur, est à ce titre significatif, laissant présumer le jeu d’influences sociales dans un engagement religieux qui touche aussi au politique.

La montée au jour, au sein du dossier inquisitorial, d’un certain nombre d’éléments nouveaux, ouvrira par ailleurs à l’enquête des prolongements inattendus – proprement « policiers » puisque impliquant rien moins que la disparition d’un trésor. Un recoupement avec d’autres types de documents sensiblement contemporains, à savoir les Rituels cathares, apportera seul quelque lumière sur l’énigme. Néanmoins, l’un des principaux centres d’intérêt de ce dossier de procès posthume réside sans doute dans le témoignage qu’il porte sur l’univers mental d’une société en plein déchirement, en proie à une intense mutation politique, institutionnelle et morale, au moment de s’ouvrir à une « modernité » parfois cruelle. La confrontation rapportée entre le vieux chevalier Padiers et le damoiseau Jordan, un cadet du lignage Saissac-Puylaurens, est à cet égard particulièrement instructive.

Cette enquête dans les enquêtes n’est pourtant qu’un très modeste exemple, appelant d’autres études, systématiques, du potentiel d’utilisation que comportent les sources inquisitoriales pour éclairer la dissidence médiévale dans le Midi : son implantation, sa sociologie voire son anthropologie, les conditions de sa répression et de sa déprise. Sans oublier les spécificités de ses pratiques religieuses, avant et pendant la clandestinité.

On notera que l’ensemble du dossier inquisitorial du consolament du chevalier Padiers est joint à cette étude, dans une traduction de l’auteur.

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